Le lendemain des noces
Written 1883-01-01 - 1883-01-01
« Hier soir, ma chère maman,
» Tout bas vous me fîtes entendre
» Que la nuit je devois m'attendre
» A passer un mauvais moment.
» Tout en tremblant, pauvre innocente,
» J'attendois cet instant fatal…
» Hélas ! le bon Monsieur Chrysante
» Ne m'a pas fait le moindre mal.
» ‒ Est-il vrai, ma fille ? ‒ Au contraire,
» Il ne m'a fait que du plaisir.
» Quand nous fûmes au lit : Ma chère,
» Je puis t'embrasser à loisir,
» Dit-il ; aussitôt il me baise
» Sur chaque joue… et même… ‒ Eh bien,
» Comment tu rougis, ma Thérèse ?…
» Qu'a-t-il fait ? ne me cache rien.
» ‒ Vous m'aviez, qu'il vous en souvienne,
» Défendu de rien refuser…
» ‒ Sans doute. Auroit-il ?… ‒ Sur la mienne
» Sa bouche prit un doux baiser.
» ‒ Et puis ?… ‒ Il me dit à l'oreille :
» Bonsoir, et s'endormit soudain.
» ‒ Ma pauvre enfant !… Et ce matin ?
» ‒ Ah ! plus tendre encor que la veille.
» Il me dit d'un air caressant :
» Ma chère femme, je t'adore,
» Et me le prouve en m'embrassant.
» ‒ Et puis ?… ‒ Puis il m'embrasse encore.
» ‒ Ensuite ? ‒ Du lit il descend,
» Afin, dit-il, que je repose :
» Peut-on être plus complaisant ?
» ‒ Il ne t'a pas fait autre chose ?
» ‒ Eh ! non ; c'est l'homme le plus doux :
» Maman, vous lui faites injure…
» Quoi ! vous pleurez ?… Mais je vous jure
» Que je n'ai pas de mon époux
» Reçu la moindre égratignure ! »