Le Luth

By Armand Renaud

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

IMMENSE tapis d'herbe,

La pelouse est superbe.

A l'entour sont rangés

Des orangers.

Dans le milieu s'élève,

Moins matière que rêve,

Un bloc étincelant,

Tant il est blanc.

Et sur le bloc énorme

S'appuie un luth de forme

Plus merveilleuse encor,

Et tout en or.

A travers un nuage

La lune qui voyage,

Montre parfois ses traits,

Pour fuir après.

Par la lumière blanche

Qui de l'azur s'épanche,

Éclairé tout d'abord,

Le luth ressort.

Et sitôt que la lune

Des cordes touche l'une,

La corde a le frisson

Et jette un son,

Si bizarre et si tendre

Que les nids à l'entendre

Tressaillent, eu cherchant

Quel est ce chant,

Si plein de molles choses

Que, dans le cœur des roses,

Cela semble un secret

Qu'on surprendrait.

Alors mon corps qui plonge

Dans l'herbe et qui s'allonge,

Et qui, pour jouir mieux,

Ferme les yeux,

Brisant la loi physique,

Entre, avec la musique,

Dans le monde enchanteur,

Sans pesanteur.