Le Marchand d'habits

By Maurice Rollinat

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Marchand d'habits ! Ta voix de cuivre et de rogomme

Me surprend tout à coup, me hèle en tapinois ;

Et toujours dans mon âme elle pénètre, comme

Un fantôme canaille, ironique et sournois.

Entouré de bouquins, devant mon cher pupitre,

J'ai beau dompter le spleen et l'à-quoi-bon moqueur,

Pour me martyriser ton cri perce ma vitre

Et vient en ricanant se planter dans mon cœur.

Fatalement alors je cours à la fenêtre ;

Mais, cette fois, je sens frissonner tout mon être

En rencontrant ton œil obliquement tourné.

Et nous nous regardons tous les deux, sans rien dire :

Et tu pars satisfait, sachant que ce damné

Va passer la journée entière à te maudire !