Le Médaillon d’Iseult

By Pétrus Borel

Written 1832-01-01 - 1832-01-01

Bronze charmant donnant d'amour la fièvre,

Verte émeraude où luit une beauté,

Un ange, Iseult, au regard attristé ;

Oh ! laissez-moi vous presser sur ma lèvre,

Laissez-moi cette volupté !

Volupté chaste, et la seule où j'aspire ;

Car de mon doigt je n'oserais toucher

Si belle enfant, peur de l'effaroucher ;

Je la contemple, ivre de son empire,

Comme un pèlerin un clocher.

Tant sa beauté sur mon âme est puissante,

Tant à son air mon cœur est épuré,

Tant pour ma bouche elle est vase sacré,

Tant je révère une fleur languissante

Qui penche à son matin doré.

Jamais pistil n'eut plus belle corolle !

Livre ton âme a la sécurité ;

Pour le tombeau laisse ta piété ;

Console-toi, toi, dont l'aspect console,

Assez longue est l'éternité.

Reste avec nous ! que ton exil s'achève

Sombre, mais pur, ange au ciel attendu !

Va, dans la foule, un ami t'est rendu,

Il te comprend, raconte-lui ton rêve ;

Qu'il guide ton pas éperdu.

Plus avec toi de solitude fade,

Portrait divin ! car un portrait aimé,

C'est une amie au langage embaumé,

C'est pour mon cœur suave sérénade

Que berce un vent tout parfumé.

Qui t'a parfait ? bijou, bronze fragile,

Et ce bonheur, qui me l'a fait ?… — c'est Jehan !

Ce bon ami, dont l'ébauchoir agile

Sait éveiller Abélard du l'argile,

Hugo, Calvin, Esmeralda, Roland,

En dépit d'Homère et Virgile.