Le mendiant

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Un ministre du ciel courbé sous les offrandes

Que la piété riche aux pauvres destinait,

Fier de son lourd fardeau, lentement cheminait,

Pesant les fruits sacrés de ses saintes demandes.

« Mon père, ayez pitié d’un homme malheureux,

Lui crie un indigent qui traînait sa misère ;

Vous avez recueilli des bienfaits si nombreux !

Vous avez attendri tant de cœurs généreux !

Donnez-moi ; votre marche en sera plus légère.

— Au loin, dit le saint homme, au loin ! Quels sont vos droits

Pour oser aspirer aux aumônes sacrées ?

Ce n’est point aux passants qu’elles sont consacrées ;

Au loin ! je suis en eau : chacun porte sa croix !

— Mais, mon père, je meurs ! — Eh bien ! est-ce ma faute ?

Je vous trouve plaisant de vous en plaindre à moi :

Les gueux ont aujourd’hui la prière bien haute !

J’ai mes pauvres, passez ! Allez servir le roi.

— Mon père, je suis vieux. — Je vous en félicite ;

Vous aurez moins longtemps à souffrir ici-bas.

— Au nom de Dieu ! du pain, mon père ! — Passez vite,

Importun vagabond ! — Je me retire, hélas !

Laissez tomber au moins une céleste aumône

Sur ma faim qu’en passant vous pouviez soulager ;

Vos bénédictions… — Oui, mon fils, Dieu l’ordonne :

Puisque tu vas mourir, tu fais bien d’y songer.

Mets-toi donc à genoux. — Et moi je les refuse,

Dit le pauvre d’un ton moqueur ;

Passez, père, je vous récuse,

N’épuisez pas votre bon cœur.

J’ai trop faim pour courir après l’oiseau qui vole ;

Vos bénédictions ne sauraient me nourrir :

Le don ne vaut pas une obole,

Puisque vous daignez me l’offrir. »