Le miroir d'argent
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
Mon bien-aimé, tu m'as fait don
D'un peigne d'or, d'un voile et de ce collier rond ;
Mais je ne veux garder, de toutes ces richesses,
Qu'un souvenir de ta tendresse.
Qu'ai-je besoin de tant d'atours ?
Ta rose de Sâron, ton muguet des vallées
Ne saurait pas planter un peigne, ô mon amour !
Dans ses boucles trop emmêlées…
Le soir, tu défais mes cheveux
Pour t'enivrer d'odeur, dans leur toison épaisse
Pendant la nuit… quand ils glissent entre nous deux…
Et le matin, tu me les tresses…
Pour tout collier donne tes bras !
Que leur étroite étreinte, encor presque sauvage,
Laisse à mon cou meurtri la pourpre de leurs lacs,
La trace de leur cher passage !
Veux-tu que ce voile brodé
Empêche ton regard de brûler mon visage ?
Que son frêle tissu vienne encor retarder
La caresse qui me saccage ?
Reprends, reprends tous ces présents…
Je ne veux conserver qu'un petit miroir terne
Qui luit ainsi que l'onde obscure d'un étang,
Ou comme l'eau d'une citerne ;
Car j'aime à le voir s'animer
Quand vient fleurir, sur sa surface lisse et nue.
Le mobile reflet de ta bouche charnue
Qui me sourit… mon bien-aimé !