Le parfum des pervenches

By Jean Aicard

Written 1867-01-01 - 1867-01-01

Bonne Vierge, écoutez ma voix, je vous en prie !

Hier, parmi les bouquets vivants de la prairie,

Je cueillis, en tressant ma guirlande, une fleur

Dont le calice bleu n’exhalait nulle odeur.

« La pervenche, pour nous, dit ma mère chérie,

Est toujours sans parfums célestes, car Marie

Par les anges en fait dérober la senteur,

Et leurs tremblantes mains la portent à son cœur.

« Mais quand l’hiver flétrit les plantes qui frissonnent,

Pour embaumer les cieux les chérubins moissonnent

Les âmes des petits innocents comme toi. »

Vierge, ayant écouté, tout joyeux, ces paroles,

J’ai des fleurs du jardin ravagé les corolles,

Pour que tes messagers n’y trouvent plus que moi !