Le pendu joyeux

By Jean Richepin

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Je te l'ai dit, je suis à toi jusqu'au trépas.

Quoi qu'il puisse arriver, je ne me plaindrai pas.

Je sais bien que l'amour est une maladie

A laquelle il n'est rien de sûr qui remédie ;

Je sais que d'écouter l'ensorcelante voix,

C'est boire à pleine gorge un poison, et j'en bois.

Je connais qu'on en souffre, et je crains qu'on n'en meure.

Mais au diable demain ! Je veux jouir de l'heure.

Le soir où ton beau corps entre mes bras tombait.

Si quelqu'un m'avait dit : « Ce corps est ton gibet.

— Qu'on me pende, ça va, j'aurais dit, et qu'on m'aime ! »

Et j'aurais à mon cou mis la corde moi-même.

Je suis comme ce gueux qui riait de la mort,

Et qui sans peur, sans pleurs, sans regret, sans remord,

Chantait un air à boire en lâchant l'existence

Et dansait une gigue au bout de sa potence.