Le père

By Victor Hugo

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

Bon empereur, vous êtes maître

Du grenadier et du sapeur,

Et quand vous regardez leur guêtre

Les soldats d'Austerlitz ont peur.

Bon empereur, vous êtes l'homme

Qu'on appelle Napoléon.

Vous êtes un César pour Rome,

Un héros pour le Panthéon.

Tout vous cède ; la renommée

Est partout votre avant-coureur.

Vous êtes général d'armée !

Je viens à vous, bon empereur.

Ma fille au vieux Thibaut préfère

Le plus jeune de mes neveux.

Vous qui pouvez tout, daignez faire

Qu'elle aime celui que je veux.

Ami, j'ai gagné cent batailles,

J'ai pris cent villes. Tout me sert !

J'ai constellé de mes mitrailles

Les pyramides du désert.

J'ai brisé des rois centenaires

Et j'ai fait rois mes compagnons.

Le Dieu d'en haut a ses tonnerres,

Moi, Dieu d'en bas, j'ai mes canons.

Je puis rajeunir et refondre

L'Europe, vieux monde épuisé.

Un de ces jours je prendrai Londre.

Tout cela n'est pas malaisé.

Mais la difficulté suprême ;

Plus haute que remparts et tours,

C'est de faire qu'une fille aime

Autre chose que ses amours.