Le Piano

By Maurice Rollinat

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Puis-je te célébrer autant que je le dois,

Cher interlocuteur au langage mystique ?

Hier encor, le chagrin, ruisselant de mes doigts,

T'arrachait un sanglot funèbre et sympathique.

Sois fier d'être incompris de la vulgarité !

Beethoven a sur toi déchaîné sa folie,

Et Chopin, cet Archange ivre d'étrangeté,

T'a versé le trop-plein de sa mélancolie.

Le rêve tendrement peut flotter dans tes sons ;

La volupté se pâme avec tous ses frissons

Dans tes soupirs d'amour et de tristesse vague ;

Intime confident du vrai musicien,

Tu consoles son cœur et son esprit qui vague

Par ton gémissement, fidèle écho du sien.