Le portrait d'une enfant

By Victor Hugo

Written 1826-01-01 - 1826-01-01

Oui, ce front, ce sourire et cette fraîche joue,

C'est bien l'enfant qui pleure et joue,

Et qu'un esprit du ciel défend !

De ses doux traits, ravis à la Sainte phalange,

C'est bien le délicat mélange ;

Poète, j 'y crois voir un ange,

Père, j'y trouve mon enfant.

On devine à ses yeux pleins d'une pure flamme,

Qu'au paradis, d'où vient son âme,

Elle a dit un récent adieu.

Son regard, rayonnant d'une joie éphémère,

Semble en suivre encor la chimère,

Et revoir dans sa douce mère

L'humble mère de l'Enfant-Dieu !

On dirait qu'elle écoute un chœur de voix célestes,

Que, de loin, des vierges modestes

Elle entend l'appel gracieux ;

À son joyeux regard, à son naïf sourire,

On serait tenté de lui dire :

— Jeune ange, quel fut ton martyre,

Et quel est ton nom dans les cieux ?

Ô toi dont le pinceau me la fit si touchante,

Tu me la peins, je te la chante !

Car tes nobles travaux vivront ;

Une force virile à ta grâce est unie ;

Tes couleurs sont une harmonie ;

Et dans ton enfance, un Génie

Mît une flamme sur ton front !

Sans doute quelque fée, à ton berceau venue,

Des sept couleurs que dans la nue

Suspend le prisme aérien,

Des roses de l'aurore humide et matinale,

Des feux de l'aube boréale,

Fit une palette idéale

Pour ton pinceau magicien !