Le premier baiser
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
Non, non ! Ne touche pas à cette amphore, ami !
Et pour aller me puiser de l'eau, prends parmi
Celles qui sont là-bas… Ce sont, dis-tu, les mêmes ?…
Pas pour moi… Toutes les filles, les confonds-tu,
Mon doux époux, avec celle que ton cœur aime ?
N'avons-nous qu'un visage, et les mêmes vertus ?
Écoute… et souviens-toi… quand tu m'as rencontrée…
Il faisait doux, ce printemps-là, dans la soirée,
L'air embaumait le thyn, la lavande et l'aneth…
Je revenais des puits en suivant la grand' route
Qui va de Jéricho jusqu'à Génésareth,
Et tu m'as arrêtée… et j'ai frissonné toute,
Et le vent soulevait mes longs voiles épars…
Puis tout s'est effacé devant ton clair-regard
Que je n'oublierai plus… Le savais-tu si tendre ?
Et m'aimais-tu peut-être ?… ainsi que je t'aimais,
Inconnu dont j'avais rêvé si souvent… Mais…
J'ai cru te retrouver et tu semblais m'attendre,
Quand nos yeux se sont vus pour la première fois…
‒ Tu m'as simplement dit : « J'ai bien soif… puis-je boire ? »
J'ai répondu : « Voici l'amphore… elle est à. toi…
Tu l'as prise sur mon épaule, et dans la gloire
De ce soir de printemps, j'ai senti la douceur
De l'eau que tu buvais, ruisseler sur mon cœur…
Puis, tu m'as rendu l'urne… et, mon front se colore…
Devant toi, j'ai cherché, puis j'ai trouvé mon but,
Quand j'ai posé ma lèvre où ta lèvre avait bu…
Non ! bien-aimé… Ne touche pas à cette-amphore !