Le premier baron chrétien
Written 1801-01-01 - 1815-01-01
Au temps passé, la jeune Aldine
Était un miracle d'amour :
Chevaliers de haute origine
A l'envi lui faisaient la cour.
Il en est un à qui tout cède :
De la croix il fut le soutien.
Que Dieu soit en aide
Au premier baron chrétien !
Il n'est plus au printemps de l'âge ;
Mais ses honorables travaux
Lui font obtenir l'avantage
Sur ses plus aimables rivaux.
L'un d'eux que la fureur possède
Lui dispute un si doux lien.
Que Dieu soit en aide
Au premier baron chrétien !
Cependant le combat s'apprête :
Dans le préau, les deux guerriers,
La lance au poing, le casque en tète
Montent leurs brillants destriers.
Au premier choc le baron cède ;
Il perd l'étrier, son soutien…
Dieu n'est plus en aide
Au premier baron chrétien.
Du baron ramassant la lance,
Un page instruit à ses leçons
Sur le coursier soudain s'élance,
Et s'affermit dans les arçons.
« En rien, dit-il, je ne te cède,
Chevalier ! mon nom vaut le tien ;
Et je viens à l'aide
Du premier baron chrétien. »
Du jeune page la victoire
Couronne la vaillante ardeur,
Et le baron, couvert de gloire,
Triomphe par ambassadeur.
En vain l'indulgence intercède ;
Aldine s'aperçoit fort bien
Qu'il faut un peu d'aide
Au premier baron chrétien.
Eh ! qu'importe ! En dépit de l'âge,
Le baron a fixé son choix :
« 11 est vaillant, ce jeune page !
Se disait-elle toutefois ;
Trop heureux celui qui possède
Un aussi fidèle soutien :
Dieu le laisse eu aide
Au premier baron chrétien ! »
Déjà le son de la guitare
Se mêle au chant du ménestrel ;
Déjà le temple se prépare :
Les deux époux sont à l'autel.
Le page que l'amour possède
Disait à part : « Je voudrais bien
Devenir à l'aide
Du premier baron chrétien. »
Il s'accomplit, le vœu du page :
Le baron partit un beau jour
Pour un lointain pèlerinage,
Et l'hymen fît place à l'amour.
Aldine est sage, mais tout cède
A l'espoir d'un tendre lien ;
Page fut en aide
Au premier baron chrétien.