Le présage

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Oui, je vais le revoir, je le sens, j’en suis sûre !

Mon front brûle et rougit ; un charme est dans mes pleurs ;

Je veux parler, j’écoute et j’attends… doux augure !

L’air est chargé d’espoir… il revient… je le jure,

Car le frisson qu’il donne a fait fuir mes couleurs.

Un songe en s’envolant l’a prédit. L’heure même

A pris une autre voix pour m’annoncer le jour ;

Et ce ramier dans l’air, ce présage que j’aime,

Me ferait-il trembler s’il venait sans l’Amour ?

De ce tribu toujours je payai sa présence ;

L’Amour, dans sa pitié, me prépare au bonheur :

Je n’ai plus froid de son absence ;

Tient-il déjà mon cœur enfermé sous son cœur ?

Et ce livre qui parle !… Ah ! ne sais-je plus lire ?

Tous les mots confondus disent ensemble : « Il vient ! »

Comme un enfant, je pleure et je me sens sourire :

C’est ainsi qu’on espère, Amour, il m’en souvient !

Mais prends garde à ma vie, un instant fais-moi grâce !

La lumière est trop vive en sortant de la nuit ;

Laisse-moi rêver sur sa trace ;

Arrête le temps et le bruit.

Saule ému, taisez-vous ! Ruisseau, daignez-vous taire !

Écoutez, calmez-vous, il ne tardera pas ;

J’ai senti palpiter la terre,

Comme au temps où mes pas me portaient sur ses pas.

Me voici sur la route, et j’ai fui ma fenêtre ;

Trop de fleurs l’ombrageaient… Quoi ! c’est encor l’été ?

Quoi ! les champs sont en fleurs ? le monde est habité ?

Hier, c’est donc lui seul qui manquait à mon être ?

Hier, pas un rayon n’éclairait mon ennui ;

Dieu !… l’été, la lumière et le ciel, c’est donc lui !

Oui, ma vie ! oui, tout rit à deux âmes fidèles.

Tu viens ; l’été, l’amour, le ciel, tout est à moi ;

Et je sens qu’il m’éclôt des ailes

Pour m’élancer vers toi !

Où suis-je ? Le sol fuit sous mes pieds ! L’air m’oppresse.

Ah ! si j’allais mourir sans l’avoir vu… Non, non !

Mais tantôt, affaiblie et pâle de tendresse,

Que me restera-t-il à lui dire ?… Son nom !

Oui, son nom dans ma voix est un secret intime,

Un langage où toujours mon destin parlera ;

C’est mon cri de bonheur, c’est la foi qui m’anime,

C’est ma seule éloquence ; il la reconnaîtra !

Mais quoi ! ces longs tourments ? et puis ce long silence ?

Et cette nuit de l’âme, et ce froid désespoir ?

Et… l’amour m’éblouit, ma mémoire balance,

Je ne peux plus souffrir… oui ! je vais le revoir !