Le pressoir des olives
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
Il faisait presque obscur dans l'antique pressoir
Quand je me suis penchée à la porte entr'ouverte…
Mais dans l'ombre odorante et chaude ou pouvait voir
La lourde roue en bois presser la pulpe verte
Des olives dans le cuvier ; et lentement
Elles rendaient leur suc, ainsi qu'un clair flot d'ambre
Qui venait ruisseler jusqu'au sol par instant,
Sous l'effort continu de tes reins qui se cambrent…
Et tu marchais le front baissé,. les bras tendus,
Pressant à chaque tour l'onctueux résidu.
… Je ne t'ai pas parlé… mais_ j'ai vu ton visage,
Qu'une lampe de cuivre éclairait faiblement
Tu souriais… Moi, je rêvais, en m'en allant…
J'aperçus dans la nuit un nouveau paysage
Où je ne trouvais plus les contours familiers
Des champs et des vallons… Et du flanc des collines.
S'exhalaient des, parfums plus doux, et les palmiers
Chantaient plus tendrement au vent qui les incline,
Et les rossignols répondaient… Et l'univers
Était fertile et beau sous un grand ciel très clair
Où le char de David faisait briller ses roues
…J'ai croisé plus d'un couple, amis ou fiancés…
Mais leurs yeux éperdus et leurs mains qui se nouent
Tenaient moins de bonheur que mes doigts enlacés
Qui ne portaient qu'un souvenir ! Sous les yeuses
J'ai pu passer près des amants, sans un regret,
‒ Ils étaient réunis, j'étais seule, c'est vrai, ‒
Mais je t'aimais, je t'avais vu, j'étais heureuse…