Le pressoir des olives

By Henriette Hervé

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

Il faisait presque obscur dans l'antique pressoir

Quand je me suis penchée à la porte entr'ouverte…

Mais dans l'ombre odorante et chaude ou pouvait voir

La lourde roue en bois presser la pulpe verte

Des olives dans le cuvier ; et lentement

Elles rendaient leur suc, ainsi qu'un clair flot d'ambre

Qui venait ruisseler jusqu'au sol par instant,

Sous l'effort continu de tes reins qui se cambrent…

Et tu marchais le front baissé,. les bras tendus,

Pressant à chaque tour l'onctueux résidu.

… Je ne t'ai pas parlé… mais_ j'ai vu ton visage,

Qu'une lampe de cuivre éclairait faiblement

Tu souriais… Moi, je rêvais, en m'en allant…

J'aperçus dans la nuit un nouveau paysage

Où je ne trouvais plus les contours familiers

Des champs et des vallons… Et du flanc des collines.

S'exhalaient des, parfums plus doux, et les palmiers

Chantaient plus tendrement au vent qui les incline,

Et les rossignols répondaient… Et l'univers

Était fertile et beau sous un grand ciel très clair

Où le char de David faisait briller ses roues

…J'ai croisé plus d'un couple, amis ou fiancés…

Mais leurs yeux éperdus et leurs mains qui se nouent

Tenaient moins de bonheur que mes doigts enlacés

Qui ne portaient qu'un souvenir ! Sous les yeuses

J'ai pu passer près des amants, sans un regret,

‒ Ils étaient réunis, j'étais seule, c'est vrai, ‒

Mais je t'aimais, je t'avais vu, j'étais heureuse…