Le printemps de 1871
Written 1867-01-01 - 1885-01-01
Salut, Printemps !
Les noirs autans,
Ont fui nos plaines,
Oh ! viens à nous,
Clément et doux,
Et les mains pleines,
Pleines de fleurs ;
Adieu, douleurs !
Adieu, froidures !
Les amoureux,
Vont deux à deux,
Sous les ramures.
Dans les buissons,
Les gais pinsons,
Jettent leurs trilles,
Et le soleil
Clair et vermeil,
Rit aux charmilles.
Oh ! sois béni,
Pour chaque nid,
Chaque fleurette !
Frais messager,
Vois ; le verger.
Se met en fête !
Salut, Printemps !
Voici le temps,
Où, sur les grèves
Et dans les bois,
Tout bas, les voix
Chantent leurs rêves !
Dans le sillon,
L'humble grillon,
Fait sa prière.
Il dit : — « Merci,
Printemps ! Voici
Fleurs et lumière ! »
Printemps aimé,
Tout est charmé,
De ta venue !
Et tout le dit,
La fleur au nid ;
L'onde à la nue !
Tout est joyeux…
Mais soucieux,
Tu nous regardes,
C'est triste et doux,
Que parmi nous,
Tu te hasardes !
Qu'as-tu Printemps,
Pourquoi tes chants,
Sont-ils moroses ?
Dis d'où provient,
Le mal qui vient,
Pâlir tes roses ?
- « O mes amis !
Ils sont partis,
Loin de la France,
« Mes oiselets,
Aux gais couplets,
Pleins d'espérance !
« Ils ont eu peur,
De cette horreur.
Qu'on nomme : « Guerre »
« Plaine et bosquet,
Hélas tout n'est
Qu'un cimetière !
« Pourquoi chanter ?
Je viens planter,
Pour fleurs nouvelles,
« Fleurs des regrets ;
Près des cyprès,
Les immortelles ! »
Voyez, là-bas,
La plaine, hélas,
N'est qu'une, steppe !
« Sur chaque seuil,
Dieu même en deuil,
A mis un crêpe !
« Quant au matin,
Sur l'aubépin,
Brille une eau pure ;
« Perles des fleurs ;
Ce sont les pleurs, »
De la Nature !
« Plus de chansons !…
Vers les buissons,
Voici les veuves,
« Avec l'enfant ;
Tous, vont cherchant,
Des fosses neuves ! »
O doux Printemps !
Fleuris nos champs,
A faire envie !
Fécond et fort,
Où fut la mort,
Refais la vie !