Le prisonnier

By Paul-Jean Toulet

Written 1919-01-01 - 1919-01-01

— Je m'ennuie. Ah ! Que le Malin

Me fournisse une lime,

Je lui dédie un os sublime,

Mon morlingue tout plein !

— Eh bien, telle une herbe débile

Dont se nourrit l'été,

Si te dévore la clarté

D'un zénith immobile,

Vide à jamais d'ombre ou de cri,

Ne sais-tu pas, dit-elle.

Ce qui, d'une voix non mortelle,

Sur la porte est écrit :

« Ici le rêve et l'ignorance

Dépouillent leurs attraits.

O bienheureux, vous qui entrez,

Laissez toute espérance. »

— Je m'ennuie, Ah ! Que le Malin

Me forgeât une lime.

Je lui dédie un os sublime ;

De morlingue un sac plein,

— Eh quoi, n'as-tu pas lu, dit-elle,

Pour mener tout ce cri,

Ce qui, d'une voix non mortelle,

Sur la porte est écrit :

« Ici le doute et l'ignorance

Dépouillent leurs attraits,

O bienheureux, vous qui entrez,

Laissez toute espérance ».