Le puits qui chante

By Jean Lorrain

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Las de trouver au gîte une femme méchante,

Les soirs, quand il rentrait harassé du labour,

Il allait, le pauvre homme, à pas lents dans sa cour

S'asseoir au large bord dallé du puits qui chante.

Le front calme, attentif à la chanson touchante

Des rêves éclipsés et des heures d'amour,

Le pauvre homme attendri venait la chaque jour

Pris aux voix du passé, dont l'écho seul enchante.

Il y vint tant de fois que l'aube à son retour

Un matin l'y trouva mort. Admirant son zèle

Et l'exemple nouveau d'un trépas si fidèle,

J'avais pris dans mes mains cet humble front trop lourd,

Quand sa femme accourue au bord de la margelle,

Me dit : « Ne pleurez pas, le pauvre homme était sourd. »