Le quatre septembre
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Vous l’avez acclamée en séance publique,
En disant : C’est la liberté !
Et le peuple a crié : Vive la République !
Suivons ses lois avec fierté.
Ses lois, ah ! d’abord que sont-elles ?
Il faut éclairer les humains :
Elles sont toutes fraternelles ;
C’est l’union des cœurs, des mains.
C’est du parfait accord l’entente souveraine ;
Nul ne prend le titre de roi ;
Tout citoyen est chef, un César dans l’arène
Où sa force défend le droit !
En république point d’atomes
S’attachant aux murs des palais ;
Point de moucherons, mais des hommes
Pouvant dormir sur les galets.
Point de plaisirs troublant a faculté de l’âme,
Point de luxe comme au château ;
Un labeur productif pour l’homme et pour la femme ;
Et pour l’enfant un doux berceau.
Il ne faut pas en république
Qu’un citoyen manque de pain.
Que chaque homme de bien s’applique
A prêcher l’amour du prochain.
Point de pauvre oublié ; qu’une main libérale
Offre à chance les mêmes dons.
Il faut que Thémis ait une balance égale
Contenant de nombreux pardons.
Il faut qu’on tienne sa parole
Sans obéir à l’intérêt,
Et que l’on conserve une obole
Pour l’offrir à qui cherche un prêt.
Il faut donner aussi l’exemple du courage,
De l’ordre et de la loyauté ;
Ne plus verser de sang… abolir le carnage
Qui fait place à la royauté !…
Mais l’ennemi souille la France
Qui ne veut pas de conquérant ;
Peuple, il faudra prendre la lance
Et te montrer belligérant.
Il te faudra bientôt égorger plus d’un frère
Portant l’uniforme prussien.
Tous les fils partiront… Hélas ! plus d’une mère
Ne reverra jamais le sien !…
Ne peut-on sous la république
Implorer doucement la paix ?
Sa figure est-elle angélique
Ou bien a-t-on durci ses traits ?
Son buste est devant vous, que lui seul vous inspire,
Représentants de grands devoirs !
Tout en foulant aux pieds les tapis de l’Empire,
Ne dormez point dans ses boudoirs.
Montrez-vous !… et que la victoire
Soit acquise sans nul remords ;
Pas un pouce du territoire,
Pas une pierre de nos forts !…