Le rachat
By Jean Aicard
Written 1866-01-01 - 1866-01-01
Ô Maître, vous avez peint les époques sombres ;
Vous avez évoqué ces solennelles ombres,
Les Xaintrailles et les Dunois,
Et le réveil soudain de la France opprimée ;
Alors, grands et petits, foule enthousiasmée,
Frémissaient, comme votre voix.
Non ! tout n’est pas si mort en nos frêles poitrines,
Que rien n’y batte plus ; — sur les tristes ruines
Naissent des arbustes souvent ;
L’incendie est éteint ; le feu vit sous la cendre ;
Formidable, il surgit, lorsque Dieu fait descendre
Du haut du ciel un coup de vent !
Or ce vent a soufflé de votre âme profonde ;
Votre fécond labeur rajeunit un vieux monde !
Pour vaincre les efforts du temps,
Sans armes, vous avez levé votre bannière :
Du bûcher noir jaillit une blanche lumière ;
Un jour refait quatre cents ans.
Et maintenant, esprits qu’illumine l’Histoire
Nous n’avons pas le droit d’oublier cette gloire,
Indifférents à tant d’amour ;
Chacun doit expier la faute universelle ;
Pacifiques soldats de l’Idée immortelle,
À la France rendons sa Tour !
Domremy jette un cri grand de reconnaissance ;
La pensée, aigle altier, de l’humble bourg s’élance,
Comme autrefois l’ange sauveur,
Et Rouen l’applaudit ; puis ma ville natale ;
Reçois donc, ô Toulon, la strophe filiale
Que mon cœur dédie à ton cœur !
Les Tisseurs de Lyon brodent une oriflamme ;
Travaillons tous, allons ! femmes, pour une femme !
Jeunesse, pour la liberté !
Debout ! Donnons avec nos cœurs notre parole ;
Tressons pour la martyre une blanche auréole
Éclatante de vérité !
Un jour, — quand régnera la Paix sainte et propice,
Nous serons acclamés les fils de la justice,
Acclamés d’une seule voix !
Car les Peuples voudront abdiquer leurs misères
Devant tous les Sauveurs saignants sur les calvaires,
Sur les bûchers et sur les croix !