Le refrain de la cloche de brume
Written 1910-01-01 - 1910-01-01
Par ici, les barques-fantômes,
Venez, invisibles vaisseaux !
Laissez pendre, entre, pics et bômes,
L'aile des voiles sur les eaux.
Craignez pour votre âme et vos os,
Fuyez ces étranges royaumes !
Moi, la cloche, je vous préviens :
Rentre, pêcheur ! Rentrez, chrétiens.
— Venez !… Viens !… Venez !… Viens !
Certes, l'esprit est sans reproche,
C'est pour, gagner son pain qu'on sort.
Mais l'ennemi sans forme est proche,
Autour de vous rôde la mort.
Dans la brume, même le port
Est plus dangereux qu'une roche !
Moi, la cloche, je vous préviens :
Rentre, pêcheur ! Rentrez, chrétiens.
— Venez !… Viens !… Venez !… Viens !
Tune vois déjà plus ta toile,
Tu ne vois déjà plus tes mâts.
Même un phare perd son étoile
Dans la brume où l'on n'y voit pas.
M'entends-tu sonner comme un glas
Pour le vapeur et pour la voile ?
Moi, la cloche, je vous préviens :
Rentre, pêcheur ! Rentrez, chrétiens.
— Venez !… Viens !… Venez !… Viens !
Venez ! Redoutez les chimères
Qui hantent la brume sans bruit.
Dans ces ténèbres éphémères
Ma voix est un phare qui luit,
Car je suis, dans la blanche nuit,
L'appel des femmes et des mères !
Moi, la cloche, je vous préviens :
Rentre, pêcheur ! Rentrez, chrétiens.
— Venez !… Viens !… Venez !… Viens !
Par ici, les barques-fantômes,
Venez, invisibles vaisseaux !
Laissez pendre, entre pics et bômes,
L'aile des voiles sur les eaux.
Craignez pour votre âme et vos os,
Fuyez ces étranges royaumes !
Moi, la cloche, je vous préviens :
Rentre, pêcheur ! Rentrez, chrétiens.
— Venez !… Viens !… Venez !… Viens !…