Le repos

By Henri Régnier

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Le bronze grave étreint de son sommeil pesant

Ton corps au geste las et ta face verdie ;

Et quelle douloureuse et douce tragédie

T'a faite la statue où tu dors à présent ?

Le marbre de ton socle est rouge et l'on y sent

Partout la pourpre encor d'une tache agrandie ;

Est-ce la flèche aiguë ou la hache hardie

Qui t'a couchée ainsi plus belle dans ton sang ?

Le bronze jaune et vert qui souffre et qui suppure,

Dont s'aigrit la patine et suinte la coulure,

Sculpte de ton repos un cadavre éternel ;

Et la matière où tu survis te décompose ;

Mais, puisque tendre fut ton Destin ou cruel,

Laisse croître à tes pieds la ciguë ou la rose.