Le retour d’adonis

By Pierre Louÿs

Written 1888-01-01 - 1920-01-01

Astarté, j’ai passé par des forêts nocturnes

Où se pressait le peuple des dieux inconnus.

Les faunes curieux tendaient leurs fronts cornus,

Les nymphes à ma voix laissaient tomber leurs urnes.

Et des hommes chargés de métaux et d’éburnes

Étaient, de tous les lieux de la terre, venus

Écrouler leurs trésors par devant mes pieds nus

Sans distraire le cours de mes yeux taciturnes.

Je te reviens le même, et n’ai laissé ma foi

Qu’en tes mains, Astarté, nuit magnifique et tendre.

Ma joie en tes cheveux frissonne et rêve à toi,

Prête à périr s’il lui fallait cesser d’entendre

Ta voix toujours divine et prompte à s’étoiler

Me chanter doucement ou doucement parler.