Le rêve d'un ange

By Alexandre Ducros

Written 1854-01-01 - 1854-01-01

Oh ! ma mère ! pourquoi ces pleurs

Qu'en secret je te vois répandre ?

Tu me dis, hélas ! que je meurs !…

Non ; dans le ciel je vais me rendre.

Est-ce mourir d'aller à Dieu

Goûter un bonheur sans mélange ?

Que de fuir ce terrestre lieu

Pour aller vivre comme un ange ?

Lorsque auprès de moi tu veillais,

Que la nuit couvrait de son voile

Le monde, et que je sommeillais,

Sur mon front une blanche étoile

Est descendue, et puis, mes yeux

Ont vu de splendides phalanges.

Oui, ma mère, j'ai vu les cieux,

Les cieux remplis de petits anges…

j'ai vu, mère, j'ai vu Celui

Dont tu m'as appris la tendresse,

Que tu m'as dit être l'appui

Du faible que chacun délaisse ;

Dans des jardins toujours fleuris,

J'ai vu bien des choses étranges :

J'étais, je crois, au paradis

Et je jouais avec les anges.

Nous allions sur des buissons d'or

Cueillir des fleurs toujours nouvelles,

Que l'on jetait pour prendre encor

D'autres fleurs mille fois plus belles,

El nous les tressions en festons

Aux accords des saintes louanges ;

Au Dieu d'amour nous les offrions,

Et Dieu souriait à ses anges.

Devant ce Dieu tout de bonté

Je tremblais et n'osais paraître,

Quand sur ton fils il a jeté

Un doux regard, et ce bon maître

M'a dit : — Je l'ai bien entendu :

Veux-tu pour tes mortelles langes

Le nymbe d'or ? — J'ai répondu :

Je veux rester avec tes anges !

Et quittant alors le bon Dieu,

Redescendant vers toi, ma mère,

Je suis venu te dire : adieu !

Puis m'envoler loin de la terre.

Mon âme, pour le paradis,

Va fuir un corps pétri de fange.

Ici-bas si tu perds un fils,

Là-haut tu trouveras un ange.