Le rêve d'un ange
Written 1854-01-01 - 1854-01-01
Oh ! ma mère ! pourquoi ces pleurs
Qu'en secret je te vois répandre ?
Tu me dis, hélas ! que je meurs !…
Non ; dans le ciel je vais me rendre.
Est-ce mourir d'aller à Dieu
Goûter un bonheur sans mélange ?
Que de fuir ce terrestre lieu
Pour aller vivre comme un ange ?
Lorsque auprès de moi tu veillais,
Que la nuit couvrait de son voile
Le monde, et que je sommeillais,
Sur mon front une blanche étoile
Est descendue, et puis, mes yeux
Ont vu de splendides phalanges.
Oui, ma mère, j'ai vu les cieux,
Les cieux remplis de petits anges…
j'ai vu, mère, j'ai vu Celui
Dont tu m'as appris la tendresse,
Que tu m'as dit être l'appui
Du faible que chacun délaisse ;
Dans des jardins toujours fleuris,
J'ai vu bien des choses étranges :
J'étais, je crois, au paradis
Et je jouais avec les anges.
Nous allions sur des buissons d'or
Cueillir des fleurs toujours nouvelles,
Que l'on jetait pour prendre encor
D'autres fleurs mille fois plus belles,
El nous les tressions en festons
Aux accords des saintes louanges ;
Au Dieu d'amour nous les offrions,
Et Dieu souriait à ses anges.
Devant ce Dieu tout de bonté
Je tremblais et n'osais paraître,
Quand sur ton fils il a jeté
Un doux regard, et ce bon maître
M'a dit : — Je l'ai bien entendu :
Veux-tu pour tes mortelles langes
Le nymbe d'or ? — J'ai répondu :
Je veux rester avec tes anges !
Et quittant alors le bon Dieu,
Redescendant vers toi, ma mère,
Je suis venu te dire : adieu !
Puis m'envoler loin de la terre.
Mon âme, pour le paradis,
Va fuir un corps pétri de fange.
Ici-bas si tu perds un fils,
Là-haut tu trouveras un ange.