Le revenant

By Évariste Parny

Written 1775-01-01 - 1806-01-01

Ma santé fuit ; cette infidèle

Ne promet pat de revenir,

Et la nature qui chancelle

A déjà su me prévenir

De ne pas trop compter sur elle.

Au second acte brusquement

Finira donc ma comédie :

Vite je passe au dénoûment ;

La toile tombe, et l'on m'oublie.

J'ignore ce qu'on fait là-bas.

Si du sein de la nuit profonde

On peut revenir en ce monde,

Je reviendrai, n'en doutez pas.

Mais je n'aurai jamais l'allure

De ces revenans indiscrets,

Qui, précédés d'un long murmure,

Se plaisent à pâlir leurs traits,

Et dont la funèbre parure,

Inspirant toujours la frayeur,

Ajoute encore à la laideur

Qu'on reçoit dans la sépulture.

De vous plaire je suis jaloux ;

Et je veux rester invisible.

Souvent du zéphir le plus doux

Je prendrai l'haleine insensible ;

Tous mes soupirs seront pour vous

Ils feront vaciller la plume

Sur vos cheveux noués sans art,

Et disperseront au hasard

La faible odeur qui les parfume.

Si la rose que vous aimez

Renaît sur son trône de verre ;

Si de vos flambeaux rallumés

Sort une plus vive lumière ;

Si l'éclat d'un nouveau carmin

Colore soudain votre joue,

Et si souvent d'un joli sein

Le nœud trop serré se dénoue ;

Si le sofa plus mollement

Cède au poids de votre paresse,

Donnez un souris seulement

A tous ces soins de ma tendresse.

Quand je reverrai les attraits

Qu'effleura ma main caressante,

Ma voix amoureuse et touchante

Pourra murmurer des regrets ;

Et vous croirez alors entendre

Cette harpe qui sous mes doigts

Sut vous redire quelquefois

Ce que mon cœur s'avait m'apprendre.

Aux douceurs de votre sommeil

Je joindrai celles du mensonge ;

Moi-même, sous les traits d'un songe,

Je causerai votre réveil.

Charmes nus, fraîcheur du bel âge,

Contours parfaits, grâce, enbompoint,

Je verrai tout : mais quel dommage !

Les morts ne ressuscitent point.