Le ruban

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Cette couleur, autrefois adorée,

Ne doit plus être ma couleur ;

Elle blesse mes yeux, elle attriste mon cœur,

En retraçant l’espoir qui m’avait égarée.

Pour un objet plus frivole que moi,

Reprenez ce lien qui n’a rien de durable ;

Celui qui m’enchaîna longtemps sous votre loi

Ne me parut que trop aimable !

Il est brisé par vous, et brisé sans retour.

Faut-il en rappeler le souvenir pénible ?

Oubliez que je fus sensible,

Je l’oublîrai peut-être un jour.

Je pardonne à votre inconstance

Les maux qu’elle m’a fait souffrir ;

Leur excès m’en a su guérir :

C’est à votre abandon que je dois l’existence.

J’ai repris le serment d’être à vous pour toujours ;

Mais mon âme un instant fut unie à la vôtre,

Et, je le sens, jamais un autre

N’aura mes vœux, ne fera mes beaux jours.

Ces jours consacrés à vous plaire,

Ces vœux, si tendres et si doux,

Et toujours inspirés par vous,

Désormais qu’en pourrai-je faire ?

Aime-t-on dès qu’on veut aimer ?

Si je trouve un amant plus fidèle et plus tendre,

Mieux que vous il saura m’entendre ;

Mais comme vous saura-t-il me charmer ?

Pourquoi feignez-vous de le croire ?

Vous offensez l’amour, en accusant mon cœur.

Ah ! cet amour eût fait ma gloire,

S’il avait fait votre bonheur !

Votre bonheur hélas ! sera d’être volage ;

Vous séduirez encor dès qu’on vous entendra ;

Vous ferez le tourment de qui vous aimera ;

Et de vous, en fuyant, j’ai gardé cette image :

« Aussi léger que prompt à s’enflammer ;

De l’amour en riant il inspire l’ivresse ;

Mais pourquoi quand son amour cesse,

Ne cesse-t-on pas de l’aimer ? »