Le salut aux morts

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1843-01-01 - 1843-01-01

J'aurai toujours une prière

Pour le petit cercueil passant ;

Une larme pour l'humble bière,

Qui dit : Ton frère est là gisant !

Et si je n'ai croix ni couronne,

Ni fleur, ni plus rien qui se donne,

J'aurai, sous peine d'un remords,

Le salut, doux peut-être au mort !

Mort béni ! la foule oppressive

Ne troublera plus ton sommeil :

Laisse-moi donc suivre pensive,

Ton char qui se traîne au soleil.

Au fond du long rêve immobile,

Peut-être de ma voix débile

Le salut pieux descendra,

Et ta cendre tressaillera !

Peut-être qu'à mon insomnie,

Ton âme suspendue un soir,

De sa pénitence finie,

Viendra respirer et s'asseoir :

Puis, ouvrant doucement la porte,

Du séjour où Dieu la remporte,

Elle me dira : Ne crains rien :

Les cieux sont grands ; les morts sont bien !

J'ai déjà tant d'âmes aimées

Sous ce lugubre vêlement !

Tant de guirlandes parfumées

Qui pendent au froid monument !

Par le souffle mortel atteintes,

Tant de jeunes bouches éteintes,

D'où mon nom sortait plein d'amour,

Et qui m'appelleront un jour !