Le sang des fleurs

By Renée Vivien

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Le soir s’attriste encor de ses clartés éteintes.

Des rêves ont troublé l’air pâle et languissant,

Et chantant leurs amours, les pâtres, en passant,

Écrasent lourdement les frêles hyacinthes.

L’herbe est pourpre et semblable à des champs de combats

Sous le rouge d’un ciel aux tons de cornaline,

Et le sang de la fleur assombrit la colline.

Le soleil pitoyable agonise là-bas.

Sans aspirer la paix des divines campagnes,

Je songe avec ferveur, et mon cœur inquiet

Porte le léger deuil et le léger regret

De la muette mort des fleurs sur les montagnes.