Le saule

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1843-01-01 - 1843-01-01

Saule de Sainte-Hélène,

Comme un gardien pensif,

Quand Dieu brise la chaîne

De l'immortel captif,

Pourquoi, tendre verdure,

Ce long murmure

Plaintif !

Ambassadeurs du monde,

Armés des trois couleurs,

Quand vingt vaisseaux sur l'onde

L'emportent dans les fleurs,

Pourquoi tes branches vertes,

Toutes couvertes

De pleurs ?

Oh ! laisse-lui mes larmes,

Pauvre peuple ébloui ;

Crois-tu donc sous ses armes

Qu'il renaisse aujourd'hui ?

Va ! la mort n'a qu'une heure,

Et je la pleure

Sur lui !

Quand le grand capitaine

Se coucha sans retour

Au flanc de Sainte-Hélène,

Ma feuille prit le jour :

Depuis, je l'environne

D'une couronne

D'amour.

J'entourai sa grande ombre

De liens innocens ;

Il dormit calme et sombre

Dans mes bras frémissans ;

Et pour lui, mon haleine

Fut pure, et pleine

D'encens !

Car de pitiés divines

La vierge pleura tant,

Qu'elle enfla mes racines

Sous le roc palpitant ;

Et du bruit de ma sève

Rendit son rêve

Content !

Pour apaiser son âme,

Qui soupirait souvent,

J'imitai d'une femme

LeRequiem fervent ;

Et sur l'étroite pierre

Une prière

D'enfant !

Quand la mer animée,

Dans ses flots turbulens

Simulait son armée

Et les tambours roulans,

J'inondais sa mémoire

De bruits de gloire

Plus lents.

Du martyr d'Angleterre

Honorant le tombeau,

Sur ce Christ militaire

_J'inclinai mon drapeau ;

Et vingt ans son étoile

Ourdit mon voile,

Plus beau !

Linceuil d'amour encore,

Je demande à couvrir

Sa cendre que j'adore,

Qu'il voulait vous offrir ;

Je veux, comme lui-même,

Pour ce que j'aime,

Mourir !