Le secret perdu

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

Qui me consolera ? — « Moi seule, a dit l’étude ;

« J’ai des secrets nombreux pour ranimer tes jours. » —

Les livres ont dès lors peuplé ma solitude,

Et j’appris que tout pleure, et je pleurai toujours.

Qui me consolera ? — « Moi, m’a dit la parure ;

« Voici des nœuds, du fard, des perles et de l’or. » —

Et j’essayai sur moi l’innocente imposture,

Mais je parais mon deuil, et je pleurais encor.

Qui me consolera ? — « Nous, m’ont dit les voyages ;

Laisse-nous t’emporter vers de lointaines fleurs. » —

Mais, toute éprise encor de mes premiers ombrages,

Les ombrages nouveaux n’ont caché que mes pleurs.

Qui me consolera ? — Rien ; plus rien ; plus personne.

Ni leurs voix, ni ta voix ; mais descends dans ton cœur ;

Le secret qui guérit n’est qu’en toi. Dieu le donne :

Si Dieu te l’a repris, va ! renonce au bonheur !