Le Sénat

By Alexandre Ducros

Written 1867-01-01 - 1885-01-01

O Sénateurs ! Ce vers antique,

Peut aussi s'adresser à vous,

Car la vieillesse rachitique

Est une autre enfance aux yeux doux.

Et c'est en enfant que vous traite,

Hélas ! le cabinet nouveau,

Prenez vite votre retraite,

Pour sauver l'honneur du drapeau.

On ne veut plus laisser de trace,

De votre Sénat glorieux,

Votre Sénat de l'an de grâce,

L'an Mil-huit-cent-cinquante-deux !

Paragraphe par paragraphe,

On sape — ô deuil pour le Sénat !

Le vieux règlement que paraphe,

La main qui fit le Coup d'État ;

La Constitution sacrée,

Le politique Droit-Canon

De la France régénérée,

Par le parjure et le canon ;

Ce viatique, ce mystère,

Que vous, Pontifes, vous gardiez

Dans le calme du sanctuaire,

Où paisiblement vous dormiez.

Il faut, ô Sénateurs austères,

Il faut, ô mes Pères-Conscrits,

Pour éloigner bien des colères,

En déchirer les manuscrits !

La nuit se dissipe et s'achève.

Le Progrès, toujours à l'affût,

Jette son œuvre qui s'élève,

Sur les débris de ce qui fût.

Il faut donc, de vos mains séniles,

O vous, sacrés conservateurs,

Malgré vos plaintes inutiles,

Faire œuvre de démolisseurs !

Je comprends que cela vous choque ;

On fait litière de vos vœux !

Arrachez-vous, puisqu'on s'en moque,

Ce qui vous reste de cheveux !

Vieillards avec vous je m'afflige,

Puis à qui vous contraria :

Maxima debetur, lui dis-je ;

Senibus reverentia !