Le soleil pauvre

By Jean Richepin

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Vois-tu le soleil d'hiver,

Comme il est blanc, le pauvre homme !

Comme il a l'air triste, et comme

De haillons il est couvert !

Ces haillons sont fait dé brume

Que met en loques l'autan.

Le vieux soleil grelottant

Dans le ciel brouillé s'enrhume.

Pendant qu'ici nous plaçons

Nos pieds sur la cheminée,

Sa face parcheminée

A pour barbe des glaçons.

Nous grillons notre pantoufle

Contre le chenet ardent.

Lui, là-haut, nous regardant.

Sur ses doigts roidis s'essouffle.

Le gel lui gerce la peau.

Son nez coule comme un cierge.

On dirait un vieux concierge.

Tiens ! il tire son chapeau.

O m'amour, quelle ruine !

Lui qu'on vit incendiant

Tout le ciel, ce mendiant

Tend la main dans la bruine.

Roulant des yeux en dessous,

Il quémande, pitoyable.

Jadis il nous fut bon diable.

Il faut lui donner deux sous.

A ce roi chassé du trône,

Pour le réchauffer un peu.

Envoie aussi fort qu'on peut

Ton baiser comme une aumône.