Le sommeil de julien

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

C’était l’hiver, et la nature entière

Portait son deuil, et redoublait le mien ;

Je regagnais à pas lents ma chaumière,

Les yeux fixés sur celle de Julien.

Un voile noir s’étendit sur la plaine ;

Un triste écho fit aboyer mon chien ;

Le vent soufflait et sa plaintive haleine,

Disait aux bois : Julien, pauvre Julien !

Sur mon chemin je vis la lune errante :

Qu’elle était sombre en parcourant le sien !

Je contemplai cette clarté mourante,

Moins triste, hélas ! que les yeux de Julien.

Je m’endormis, de tant d’objets lassée ;

Le ciel s’ouvrit,… et je n’entendis rien ;

Mais tout à coup la cloche balancée

Me réveilla, sans réveiller Julien.

Quand j’abordai sa sœur silencieuse,

Sa main me dit : « Il repose, il est bien ! »

Je voulus voir… Une larme pieuse

M’apprit le nom du sommeil de Julien.