Le sommeil de vénus
Written 1883-01-01 - 1883-01-01
Mars trouva Vénus à Paphos ;
La belle dormoit sur le dos :
« Voyons, » dit-il, « tout ce qu'elle a,
» Alleluia ! »
Il alla déranger soudain
L'écharpe qui couvroit son sein ;
Plus blanc que neige il le trouva.
Alleluia !
Sa main eut la témérité
D'en tâter la rotondité ;
Le sentant ferme, il s'écria :
« Alleluia ! »
Enivré de si doux plaisirs,
Il forma de nouveau désirs,
Et de baisers se régala.
Alleluia !
De cent façons pour l'admirer,
Il se mit à la revirer :
Ce qui s'augmente s'augmenta.
Alleluia !
Vénus, fermant toujours les yeux,
Se plaça pourtant de son mieux,
Et le Guerrier en profita.
Alleluia !
« Bon, bon, » disoit Mars qui sentoit
Qu'en dormant on le secondoit,
« Dormez toujours comme cela.
Alleluia ! »
A peine un jeu se finissoit
Qu'un autre se recommençoit :
Trois jours entiers cela dura.
Alleluia !
Mais enfin Vénus s'éveillant,
Dit au Dieu, presque en rougissant :
‒ « Eh ! quoi, Monsieur, vous étiez là !
» Alleluia ! »