Le songe

By Évariste Parny

Written 1775-01-01 - 1806-01-01

Corrigé par tes beaux discours,

J'avais résolu d'être sage ;

Et, dans un accès de courage

Je congédiais les Amours

Et les chimères du bel âge.

La nuit vint ; un profond sommeil

Ferma mes paupières tranquilles :

Tous mes songes, purs,et faciles,

Promettaient un sage réveil.

Mais quand l'Aurore impatiente,

Blanchissant l'ombre de la nuit,

A la nature renaissante

Annonça le jour qui la suit,

L'Amour vint s'offrir à ma vue.

Le sourire le plus charmant

Errait sur sa bouche ingénue ;

Je le reconnus aisément.

Il s'approcha de mon oreille.

Tu dors, me dit-il doucement ;

Et tandis que ton cœur sommeille,

L'heure s'écoule incessamment.

Ici-bas tout se renouvelle ;

L'homme seul vieillit sans retour ;

Son existence n'est qu'un jour,

Suivi d'une nuit éternelle,

Mais encor trop long sans amour. »

A ces mots j'ouvris la paupière.

Adieu, sagesse ; adieu, projets.

Revenez, enfans de Cythère ;

Je suis plus faible que jamais.