Le Soufflet

By Maurice Rollinat

Written 1899-01-01 - 1899-01-01

« C'est la solitude infinie

Ici chez vous, père Grelet !

Pas même un chat pour compagnie ? »

— « Ma foi non ! mais, j'ai mon soufflet.

Il a des bras comme un' charrue

Et des pectoraux comme un bœuf.

J' l'ai vu toujours, i' n'est pas neuf.

Hein ? quell' taille et quell' min' bourrue !

Dam ! c'est pas mignon comm' les vôtres.

Son fer, ses clous, son cuir, son bois,

Ayant vieilli tous à la fois

Sont aussi noirs les uns q' les autres.

Si l'ennui m' prend trop dans mon coin

J' souffle avec, sans q' ça soit-d' besoin.

Du bout, dans les charbons j' tisonne.

Et quand j' m'en sers plus, qu'i' s' tient coi,

J'aime à l'avoir couché sur moi.

Mon soufflet m' tient lieu d'un' personne !

À son vieux clou c'est lui qui m' garde.

Ent' mes ch'nets, j' m'assoupis un peu…

J' m'éveille… et j' vois au clair du feu :

Sa grand' forme en cœur qui me r'garde !

L' tenant l' dernier d'la maisonnée

J' crois frôler les mains et les g'noux

D' tous les chers en allés d' cheux nous

Qui l' fir' marcher d'vant c'te ch'minée ! »