Le spectre de baudin

By Félix Frank

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

UN jour — comme le Peuple, effaré sous l’attaque

D’un lâche, s’enfuyait, ayant peur des tambours,—

A l’heure où sous le pied tout se dérobe et craque,

Toi, tu voulus murir devant les vieux faubourgs !

Dix-huit ans de silence et d’oubli sur ta tombe,

Dix-huit ans ont passé, gros de fange et d’horreur,

O martyr dont le nom se dresse enfin… et tombe

Entre le Peuple esclave et Cartouche empereur :

— Arme sainte ! arme pure aux mains de la justice,

De l’honneur éternel et de la liberté,

Arme du vrai courage, oh ! descends dans la lice…

Sinon pour nous, combats pour la Postérité !

Dis au monde servile et gorgé d’infamies

Que le Droit n’est point mort parce qu’on l’étrangla !

Il pleure sous la terre, et quand des mains amies

Le délivrent, il crie aux tyrans : « Me voilà !»

Oui, l’herbe pousse en vain sur une fosse obscure ;

En vain la force est reine et le crime encensé :

Tout ce que la rapine ou le meurtre procure

S’enfonce au gouffre ouvert par le Droit offensé !

C’est Lui qui sort du sol, et c’est le Mal qui sombre !

La barricade est grande et le trône est petit :

On la voit resplendir au fond de la nuit sombre ;

Le trône dans un flot de mépris s’engloutit,

Et la Peine au bras lourd, dont César en goguette

Riait avec les siens, — repu, joyeux, — soudain

Écartant le suaire où dans l’ombre elle guette,

Succède, épouvantable, au Spectre de Baudin !