Le symbole

By Pierre Louÿs

Written 1888-01-01 - 1920-01-01

La chapelle où s’arrêtent mes pas

La chapelle

Où quelque voix de triste aurore appelle

Et d’où l’on ne revient pas

Sans une âme changée

Je ne saurais

M’y guider qu’à travers les marais

Où le ciel vespéral se moire en mer orangée

Flamme de gloire

Mais l’eau d’or se rassérène sans mémoire

Des pieds calleux, des pieds las,

L’eau longue d’or sous le céleste soir lilas

Et c’est la voie au firmament couleur de gloire

Vers la chapelle où s’arrêtent mes pas.

Le parvis où j’ai rêvé d’être, de toute

Éternité

Lumineux au terme de la route

Auréolé par les soirs d’été

C’est la virginité

Marmoréenne des colonnes sous la voûte.

Ô chapelle

Où cette voix de silence m’appelle

Enroulé de laine blanche à plis réguliers

Seul

Traînant en arrière aux remous du linceul

Les sursauts matés des désirs oubliés

J’irai

Vers le chœur de l’Esprit ignoré

Où s’épure à genoux toute ignominie

Aux plus clairs rayons des mains hautes et vierges.

Mais que la Forme aux yeux profanes se dénie

Et qu’en l’absence des simulacres et des cierges

Seul au centre du chœur se carre

Le pur piédestal de marbre rare

Où le seul rêve sera statue

De la Vierge aux iris, l’Astarté, apparue.