Le Taureau

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Tu mènes lentement, ô grave laboureuse,

Tes lourds bœufs obstinés au sillon qui se creuse

Dans la terre crétoise, ouverte au soc luisant ;

Les mufles ont bavé sous le frontail d’argent

Et leur écume éparse évoque une autre écume…

Le champ déferle au loin ses vagues, une à une,

Et des oiseaux, là-bas, volent sur le sillon ;

Et toi, tu songes, appuyée à l’aiguillon,

Grave, lorsque le vent du soir sèche ta joue,

Près du soc à tes pieds qui luit comme une proue,

Tu songes, et tes bœufs meuglent vers le ciel clair,

À quelque taureau blanc qui traversa la Mer !