Le tiers livre de monelle
By Francis Éon
Written 1944-01-01 - 1944-01-01
VERS vous une pensée a frémi comme une aile
Se rassemble, et bientôt s’élance sans retard
De l’esprit de ces bois chacune aura sa part :
La bruyère à Simone et la menthe à Monelle
L’azur incandescent consume le village,
Au barrage les eaux ne sont plus que vapeurs.
Simone ! La saison en flammes reste sage,
Semblable au feu secret qui brûle dans nos cœurs.
Monelle, je vois bien que vous êtes jalouse
Du quatrain que j’ai fait pour Simone ce soir.
Voici le vôtre. Et je vous aime. Je vais voir
Si le cactus en feu fleurit sur la pelouse.
Je dédie à Simone une touffe tremblante
De sauge paysanne, âme d’un pur matin.
Adressez-vous, pour les vertus de cette plante,
Au curé de Persac ou même au sacristain.
Monelle, je voudrais vous promener au long
Des hauts buissons mêlés de ronce et de ramures,
Et parmi les sentiers couverts de ce vallon
Baiser vos belles mains noires du sang des mûres.
À présent vous voilà joliment barbouillée,
Simone qui courez dans ces chemins de chèvres !
Mais de rosée encore une mûre mouillée
Se donne, et mon baiser l’écrase sous vos lèvres.
Monelle, taisez-vous, qu’avez-vous donc à rire ?
Certes je vous entends très bien. Vous prétendez
Connaître un autre jeu meilleur encore (ou pire)
À quoi vos sentiments se sont vite accordés.
Si le brutal excès de cette heure vous blesse,
L’ombre de mes grands buis en berceaux vous attend ;
Et là vous prouverez à votre pénitent
QU’AMOUR, Simone, est synonyme de NOBLESSE.
Monelle, vous boudez ? vous aurais-je fâchée ?
Vous faites la rétive et le mauvais esprit.
Mon Dieu ! que vous voilà lointaine, et détachée…
Mais déjà j’entrevois Simone, qui me rit.
Monelle bien-allante, amour, te souviens-tu
Comme tu frissonnais de toute ta personne,
Ce dimanche de juin, sous le frêne tortu,
Au jardin où brûlaient les roses de Simone ?
Je tiens de votre grâce et de votre largesse,
Et de vos mains — une Minerve de Poitiers.
C’est à vous que je dois, Simone, ma sagesse :
Vous m’avez donné mieux que vous ne promettiez.
Cette église et ce gros donjon que vous aimez,
Mon beau rêve jaloux, Monelle, les dessine.
Je vous pense là-bas, je vois (les yeux fermés)
Une chambre, et son mur qu’embrasse une glycine.
Simone, au loin de vous le dimanche se traîne
Morne sous le timbre étouffé des heures lasses…
— Soudain une pensée exacte et souveraine
Se lève, et son rayonnement brise les glaces.
Vous venez sur ma route, et c’est le bon chemin,
Monelle aux souffles chauds de septembre bercée.
C’est vous. Je le savais. Je vous baise la main.
Un choc au fond de moi vous avait annoncée.
De l’ombre nous aimons, Simone, le mystère.
Un jour trop éclatant à soi-même se nuit.
Longtemps je vous respire et vous sentez la terre
Chaude et mouillée après un orage de nuit.
Vous fléchissez, Monelle, et que le ciel est tendre,
Monelle ! et captieux sur la ville en péril.
Mais reprise déjà vous me dites : « Septembre,
« Je l’aime ! et je sais bien qu’il rime avec avril. »
Mais Simone songeuse écoute un bruit lointain,
Et sans entendre plus Monelle un peu vexée,
S’avoue (et cependant sûre de son destin ! )
Dans cette cave, et d’axe en axe, désaxée.
Ainsi, pour vous, douces compagnes de mon rêve,
Filles claires ! je chante et chante sans remord.
Et trouvez dans ce chant qu’il faut bien que j’achève
La vie — enfin victorieuse de la mort.