Le Trésor

By Éphraïm Mikhaël

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

Les claires heures des printemps

Sont des gemmes qu’en leurs largesses

Nous jettent des cieux éclatants

Les mains d’invisibles princesses.

Tous ces joyaux spirituels,

Tombés des célestes Golcondes,

Tiennent des bonheurs virtuels

Cachés dans leurs clartés profondes.

Et cependant, c’est vainement

Qu’elles viennent, les gemmes rares,

Livrer leur resplendissement

A nos doigts de mauvais avares.

Car nous entassons, jamais las

De nos espérances subtiles,

Pour un jour qui ne viendra pas

Les belles perles inutiles.

Mon Dieu ! mes mains d’enfouisseur

Ont-elles fait quelque œuvre bonne ?

Écoute ! Un reproche obsesseur

Dans les lents angelus résonne.

Tandis qu’éperdument j’attends

L’éveil d’une impossible aurore,

Le trésor stérile du Temps

S’avilit et se décolore.

Et je vis, n’ayant dans mon cœur

Que des souvenances banales....

O perles qu’un mage moqueur

Transforme en feuilles automnales !