Le trouble-fête

By Victor Hugo

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Les belles filles sont en fuite

Et ne savent où se cacher.

Brune et blonde, grande et petite,

Elles dansaient près du clocher ;

Une chantait, pour la cadence ;

Les garçons aux fraîches couleurs

Accouraient au bruit de la danse,

Mettant à leurs chapeaux des fleurs ;

En revenant de la fontaine,

Elles dansaient près du clocher.

J'aime Toinon, disait le chêne ;

Moi, Suzon, disait le rocher.

Mais l'homme noir du clocher sombre

Leur a crié : — Laides ! fuyez ! —

Et son souffle brusque a dans l'ombre

Éparpillé ces petits pieds.

Toute la danse s'est enfuie,

Les yeux noirs avec les yeux bleus,

Comme s'envole sous la pluie

Une troupe d'oiseaux frileux.

Et cette déroute a fait taire

Les grands arbres tout soucieux,

Car les filles dansant sur terre

Font chanter les nids dans les cieux.

— Qu'a donc l'homme noir ? disent-elles. —

Plus de chants ; car le noir témoin

A fait bien loin enfuir les belles,

Et les chansons encor plus loin.

Qu'a donc l'homme noir ? — Je l'ignore,

Répond le moineau, gai bandit ;

Elles pleurent comme l'aurore.

Mais un myosotis leur dit :

— Je vais vous expliquer ces choses.

Vous n'avez point pour lui d'appas ;

Les papillons aiment les roses,

Les hiboux ne les aiment pas.