Le Vagabond

By Maurice Rollinat

Written 1899-01-01 - 1899-01-01

Tombé, le vagabond qui rampe avec effort,

S'arrête et gît, agonisant

Dans de la boue,

Et sur sa joue

De grosses larmes vont glissant ;

Voilà ce qu'il marmotte avant sa triste mort :

« À jeun, des heur', puis des heur', pieds nus, j'ai marché

Sous l'orage grondant des cieux

Couleur de suie,

Et sous la pluie,

Et sous l'éclair brûlant mes yeux,

À travers les ajoncs, la ronce et le rocher.

Je n'peux pas plus app'ler que fair' sign' de ma main,

Et voici que le soir étend

Son drap fantôme

Sus l'bois, sus l'chaume,

Sus l'guéret, l'pacage et l'étang ;

I' n'ya donc plus q'la mort qui pass'ra dans mon ch'min !

Je lutt' cont' le trépas, tel que l'jour à sa fin.

Comm' lui, je m'sens me consumer,

Tremblant, livide.

Mon bissac vide

N'a pas de quoi me ranimer ! »

— Et la nuit, dans les trous, le pauvre est mort de faim.