Le vieux Mouton

By Maurice Rollinat

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Trop âgé pour avoir pu suivre le troupeau,

Il était resté là, perdu comme une épave :

Et dans un gouffre, auprès d'un torrent plein de bave,

Il traînait le cancer qui lui mangeait la peau.

Le fait est que le Diable en eût fait un suppôt,

Tant la sorcellerie habitait son œil cave

Et tant il avait pris, sur le bord de ce gave,

La nudité du ver et le pas du crapaud.

Je m'enfuis ! Car la bête accueillait mon approche

Avec un bêlement de haine et de reproche

Strident comme une voix qui crie : « À l'assassin ! »

Et la nuit ténébreuse installait son royaume,

Que j'entendais toujours sangloter en mon sein

La malédiction du vieux mouton fantôme.