Le vieux saint

By Georges Fourest

Written 1909-01-01 - 1909-01-01

Dans notre église autrefois,

il était un saint de bois :

l’air bonasse et vénérable

taillé dans un tronc d’érable,

à coups de hache, il avait

écouté plus d’un ave

montant vers lui du pavé ;

tout vermoulu, tout cassé,

le Bon Dieu le connaissait

bien et toujours l’exauçait.

À vêpres quand s’allumaient

les cierges qui tremblotaient,

un peu gourmand, il humait

le bon encens qui fumait

dans l’encensoir parfumé ;

sur toute chose il aimait

aux beaux soirs du mois de Mai

les belles roses de Mai

devant l’autel embaumé ;

et quand Noël ramenait

les petits bergers frisés,

soëf, il amignottait

Jésus le doux nouveau-né.

Puis dans l’église fermée

où les vitraux s’éteignaient,

lentement il s’endormait

priant pour nos trépassés

le Bon Dieu qui l’exauçait !

Mais de Paris est venu,

hideux comme un parvenu,

tout neuf et peinturluré

un saint de plâtre doré,

un affreux saint qu’ils ont mis

dans la niche où tu dormis,

ô vieux saint mon vieil ami,

et les sans-cœur ont brûlé

en disant : Il est trop laid !

ton pauvre corps d’exilé.

Mais, vieux saint, je te promets

que je ne prierai jamais

l’intrus mais toujours à toi

s’en iront mes vœux, à toi,

père qui subis deux fois

(saint de chair et saint de bois)

le martyre pour la foi ;

et quand je mourrai c’est toi

qui porteras dans les cieux

mon âme aux pieds du Bon Dieu…

mission de confiance, je l’ose dire.mission de confiance, je l’ose dire.