Le Vœu

By Armand Silvestre

Written 1876-01-01 - 1876-01-01

Assis au revers d'un chemin,

L'ombre en noyait les avenues —

Tout seuls et la main dans la main

Je baisais ses épaules nues.

Blanche, la lune se levait ;

— L'ombre en redoublait son mystère —

Au moindre souffle tout avait

Des frissons d'amour sur la terre.

Et je respirais ses cheveux ;

— L'ombre en buvait l'odeur suave —

Et lui disais : « Ce que tu veux,

Je le ferai, moi, ton esclave.

« Te faut-il la fleur du rocher ?

— L'ombre emplissait le précipice —

Je mourrai pour te la chercher,

Mais dicte-moi le sacrifice.

« Veux-tu tout le sang de mon cœur ?

— L'ombre en pressait le flot rapide —

Si l'amour ne m'a fait vainqueur,

Du moins il me fait intrépide.

« Parle et vers moi tourne tes yeux !

— L'ombre y palpitait comme un voile —

Mais elle, regardant les cieux,

Me dit : « Je voudrais cette étoile,

La plus lointaine du ciel clair. »

— L'ombre, en vain semblait les confondre —

Son doigt restait fixe dans l'air ;

Je le suivais sans lui répondre.

Alors, de sa plus tendre voix :

— L'ombre en alanguissait le charme —

« Ami, l'étoile que tu vois

Là-haut, c'est ma première larme.

Toute femme, avec ce trésor,

Laisse choir la fleur de son âme.

Sa pureté luit dans cet or.

Son cœur brûle dans cette flamme ! »