Le Voyage à Pontchartrain
Written 1857-01-01 - 1857-01-01
Paul, un soir, par la gauche rive
Arrive
Croyant voir Madame Aubernon,
Mais non.
Où faut-il en quittant Versaille
Qu’on aille ?
Retrouver Hetzel à Meudon ?
Va donc !
Hetzel, dînant sur la pelouse,
En blouse,
Régalait un de ses amis
Bien mis.
La compagnie offre une prise,
Surprise ;
On sert au convive nouveau
Du veau.
Mais, dit Hetzel, cassant sa croûte,
En route !
Pour voir Montfort et Pontchartrain
Bon train !
Je crois, dit Paul, que l’on m’invite
Bien vite ;
Ce n’est pas d’aller à Montfort
Mon fort !
Sur un cheval ou sur un âne
C’est crâne.
Mais, dit Hetzel, nous n’irons pas
Au pas.
Je vais tirer de ma sacoche
Un coche.
Prête ton cabriolet neuf,
Obeuf !
Paul accède, et, bravant la Parque,
S’embarque !
Il quitte pour faire sept lieues
Ces lieux.
— Obeuf, je trouve que ta hotte
Cahote ;
Nous sommes comme des harengs
En rangs !
Mais, laisserons-nous dans l’attente
Ma tante ?
Dit Obeuf ; j’ai d’un souper froid
Effroi.
Hetzel, tranquille et sans rancune
Aucune,
Dit : J’ai, ma foi, dans ce réchaud
Très chaud !
Le coche près d’une charrette
S’arrête !
O spectacle ! on découvre au loin
Du foin !
Mais, déjà, sur la nappe blanche,
L’éclanche
Fumait, écrasant de son poids
Des pois.
Et, couvrant d’un vin délectable
La table,
Une jeune enfant, douce à voir,
L’œil noir,
Le front baissé sous sa cornette
Fort nette,
Faisait froufrou de son jupon
Fripon.
— Messieurs, dit avec politesse
L’hôtesse,
Vous aviez deux coussins étroits
Pour trois.
— Non pas, dit Hetzel : sur mon âme,
Madame,
J’ai trouvé ce cabriolet
Mollet !
Mais Obeuf comme une torpille
Roupille !
— Tu t’en vas déjà te coucher,
Cocher ?
Paul pourfend comme une flamberge
L’auberge ;
Hetzel va dans le poulailler
Bâiller.
Aussitôt viennent les punaises,
Bien aises
De pouvoir d’un jeune étranger
Manger.
Mais Hetzel, trouvant l’Estafette
Parfaite,
Lit jusqu’au jour ce matinal
Journal.
Dans son lit, Paul, dont le nez gonfle
Et ronfle,
Donne au Diable tous ces taudis
Maudits.
Un roulier, tenant sa chandelle
Très belle,
Le réveille avec ses sabots
Pas beaux.
Mais déjà dans la cheminée,
Minée,
Voit ses enfants effarouchés
Couchés,
Et sur la gouttière que dore
L’aurore
Fait sa toilette un freluquet
Friquet.
Paul, se penchant à sa croisée
Boisée,
Découvre Hetzel, sous un hangard,
Hagard.
— Oh ! dit-il, l’air vous enlumine
La mine ;
Vous n’avez pas très bien dormi,
L’ami !
— J’ai, dit Hetzel, fait un bon somme,
En somme ;
Mais je me suis levé matin,
Mâtin !
Obeuf, devant son haridelle
Fidèle,
Sous l’enseigne d’un cabaret
Parait.
Adieu, vallons, coteaux, campagnes,
Montagnes !
Paul rentre sur ses échalas
Fort las.
Et, de retour, dans sa chambrette
Proprette,
Il trouve, sur son canapé
Campé,
Bonnaire, qui, sombre, à peine ivre,
Se livre
A d’inconséquents et fréquents
Cancans.