Le voyageur
Written 1913-01-01 - 1913-01-01
Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurantOuvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant
La vie est variable aussi bien que l'EuripeLa vie est variable aussi bien que l'Euripe
Tu regardais un banc de nuages descendreTu regardais un banc de nuages descendre
Avec le paquebot orphelin vers les fièvres futuresAvec le paquebot orphelin vers les fièvres futures
Et de tous ces regrets de tous ces repentirsEt de tous ces regrets de tous ces repentirs
Te souviens-tuTe souviens-tu
Vagues poissons arqués fleurs surmarinesVagues poissons arqués fleurs surmarines
Une nuit c'était la merUne nuit c'était la mer
Et les fleuves s'y répandaientEt les fleuves s'y répandaient
Je m'en souviens je m'en souviens encoreJe m'en souviens je m'en souviens encore
Un soir je descendis dans une auberge tristeUn soir je descendis dans une auberge triste
Auprès de LuxembourgAuprès de Luxembourg
Dans le fond de la salle il s'envolait un ChristDans le fond de la salle il s'envolait un Christ
Quelqu'un avait un furetQuelqu'un avait un furet
Un autre un hérissonUn autre un hérisson
L'on jouait aux cartesL'on jouait aux cartes
Et toi tu m'avais oubliéEt toi tu m'avais oublié
Te souviens-tu du long orphelinat des garesTe souviens-tu du long orphelinat des gares
Nous traversâmes des villes qui tout le jour tournaientNous traversâmes des villes qui tout le jour tournaient
Et vomissaient la nuit le soleil des journéesEt vomissaient la nuit le soleil des journées
O matelots ô femmes sombres et vous mes compagnonsO matelots ô femmes sombres et vous mes compagnons
Souvenez-vous-enSouvenez-vous-en
Deux matelots qui ne s'étaient jamais quittésDeux matelots qui ne s'étaient jamais quittés
Deux matelots qui ne s'étaient jamais parléDeux matelots qui ne s'étaient jamais parlé
Le plus jeune en mourant tomba sur le côtéLe plus jeune en mourant tomba sur le côté
O vous chers compagnonsO vous chers compagnons
Sonneries électriques des gares chant des moissonneusesSonneries électriques des gares chant des moissonneuses
Traîneau d'un boucher régiment des rues sans nombreTraîneau d'un boucher régiment des rues sans nombre
Cavalerie des ponts nuits livides de l'alcoolCavalerie des ponts nuits livides de l'alcool
Les villes que j'ai vues vivaient comme des follesLes villes que j'ai vues vivaient comme des folles
Te souviens-tu des banlieues et du troupeau plaintif des paysagesTe souviens-tu des banlieues et du troupeau plaintif des paysages
Les cyprès projetaient sous la lune leurs ombresLes cyprès projetaient sous la lune leurs ombres
J'écoutais cette nuit au déclin de l'étéJ'écoutais cette nuit au déclin de l'été
Un oiseau langoureux et toujours irritéUn oiseau langoureux et toujours irrité
Et le bruit éternel d'un fleuve large et sombreEt le bruit éternel d'un fleuve large et sombre
Mais tandis que mourants roulaient vers l'estuaireMais tandis que mourants roulaient vers l'estuaire
Tous les regards tous les regards de tous les yeuxTous les regards tous les regards de tous les yeux
Les bords étaient déserts herbus silencieuxLes bords étaient déserts herbus silencieux
Et la montagne à l'autre rive était très claireEt la montagne à l'autre rive était très claire
Alors sans bruit sans qu'on pût voir rien de vivantAlors sans bruit sans qu'on pût voir rien de vivant
Contre le mont passèrent des ombres vivacesContre le mont passèrent des ombres vivaces
De profil ou soudain tournant leurs vagues facesDe profil ou soudain tournant leurs vagues faces
Et tenant l'ombre de leurs lances en avantEt tenant l'ombre de leurs lances en avant
Les ombres contre le mont perpendiculaireLes ombres contre le mont perpendiculaire
Grandissaient ou parfois s'abaissaient brusquementGrandissaient ou parfois s'abaissaient brusquement
Et ces ombres barbues pleuraient humainementEt ces ombres barbues pleuraient humainement
En glissant pas à pas sur la montagne claireEn glissant pas à pas sur la montagne claire
Qui donc reconnais-tu sur ces vieilles photographiesQui donc reconnais-tu sur ces vieilles photographies
Te souviens-tu du jour où une vieille abeille tomba dans le feuTe souviens-tu du jour où une vieille abeille tomba dans le feu
C'était tu t'en souviens à la fin de l'étéC'était tu t'en souviens à la fin de l'été
Deux matelots qui ne s'étaient jamais quittésDeux matelots qui ne s'étaient jamais quittés
L'aîné portait au cou une chaîne de ferL'aîné portait au cou une chaîne de fer
Le plus jeune mettait ses cheveux blonds en tresseLe plus jeune mettait ses cheveux blonds en tresse
Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurantOuvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant
La vie est variable aussi bien que l'EuripeLa vie est variable aussi bien que l'Euripe