Lendemain

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1902-01-01 - 1905-01-01

Pauvres adieux dont on revient

Sans avoir pu lâcher son bien

Parce qu'on a besoin d'adorer quelque chose

Parce que la vie est mauvaise et morose…

Après tout, je te prends comme je prends la vie.

Elle aussi, c'est une drôlesse

Avec de bons moments, suivis

De mauvais, qui pour la plupart du temps vous blesse,

Mais que jamais pourtant on ne laisse.

Toi, mon enfant, tu m'as fait à la longue

L'âme d'un amoureux sceptique et fatigué

Allant vers toi, ni triste ni gai,

Comme vers une belle bête blonde

Dont on ne peut sans fin se griser,

Quoiqu'elle s'énerve et se rebiffe

Et vous fasse mal de toutes ses griffes…

— Mais si bonne à mordre et baiser !

Peut-être que tu valais mieux,

Peut-être que je valais mieux,

Mais on s'est fait si vieux, si vieux…