L'enfant amateur d'oiseau

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1843-01-01 - 1843-01-01

Écoute, oiseau ! je t'aime et je voudrais te prendre,

Pour ton bien ! Seul au toit, comment peux-tu chanter ?

Moi, quand je suis tout seul, je m'en vais : s'arrêter

C'est attendre ou dormir ; et courir, c'est apprendre ;

Viens courir ! je t'invite à mon jardin très grand ;

Plus grand que cette plaine et qui sent bon les roses :

Mon père y va chanter ses rimes et ses proses ;

Ma mère y tend son linge et le lave au courant ;

Moi j'y vis en tous sens, comme l'oiseau qui vole ;

Je monte aux murs en fleurs, aux fruits plantés pour moi :

Viens ! je partagerai lés plus beaux avec toi ;

Viens ! nous partagerons tout, excepté l'école.

Depuis que je t'ai vu pour la première fois,

Je ne fais que chanter pour imiter ta voix.

Oh ! les hommes devraient chanter au lieu d'écrire !

L'encre et les lourds papiers les empêchent de rire.

Oiseau ! tu chanterais pour moi si tu m'aimais :

Mais, tu t'en vas toujours, et tu ne viens jamais !

Viens : sois reconnaissant. Je tiendrai ta fontaine

De verre toujours fraîche et, sois sûr, toujours pleine.

L'école, c'est ma mort : jamais tu n'y viendras.

Je serais bien fâché d'y faire aller personne !

Je n'ai jamais sommeil que quand l'école sonne.

Toi, sans penser à rien, libre, tu m'attendras

Dans ta cage : elle est neuve et solide et cachée

Sous lu vigne flottante autour de ma maison ;

Tu verras le soleil descendre à l'horizon

Et tu diras le jour à ma mère couchée.

Tu n'as vu nulle part de nid mieux fait, plus vert ;

Plus frais quand on a chaud ; plus chaud quand c'est l'hiver.

Tout s'y trouve : on y peut loger un grand ménage

D'oiseau. C'est un palais !

Oui, mais c'est une cage :

Et pour mes goûts d'oiseau, mon garçon j'aime mieux

Les cieux !